Sanctuaire de Cravant-les-Côteaux

L’ancien sanctuaire de Cravant, placé sous le vocable de Saint Léger et localement dénommé « la Vieille-Église », est dit Carolingien du fait des origines de son histoire. Avec certaines de ses parties remontant au IXe siècle, cet harmonieux monument riche du premier art roman est historique à plus d’un titre : classé lui-même Monument Historique depuis le 10 février 1913, les deux piliers mérovingiens qu’il contient le furent à leur tour le 15 février 1963, et la fresque de la chapelle méridionale représentant l’allégeance à Notre Dame fut enfin classée à l’Inventaire supplémentaire par arrêté du 4 août 1975.

Ancien évêque d’Autun, Léger fut assassiné dans le bois de Sarcin (forêt de Lucheux) le 2 octobre 678 sur ordre du maire du palais du royaume mérovingien de Neustrie, Ebroïn, qui déjà l’avait martyrisé deux ans plus tôt en lui faisant arracher les yeux, la langue et les lèvres… Bouleversé par un tel acharnement, le roi convoqua un synode pour autoriser le culte des reliques du saint-martyre et ses dépouilles furent transportées à Poitiers, au monastère de Saint-Maixent où il avait été abbé. C’est vraisemblablement lors de ce transfert que l’église fut placée sous son vocable.

Désaffecté par le Culte près de mille ans plus tard, en 1863, à l’occasion du déplacement du bourg, le sanctuaire Saint-Léger de Cravant échappa miraculeusement à la démolition et fut mis en vente aux enchères publiques le 8 janvier 1865. Il fut alors acquis par la Société Archéologique de France qui le revendit le 2 mars 1933, pour cent francs, à l’Association des Amis du Vieux Cravant créée le 25 décembre 1932, jour de Noël, par le chanoine Audard, curé de Cravant.

Dès l’arrivée, on distingue immédiatement les trois époques qui ont marqué son ensemble architectural : la nef, menant vers le chœur et datant du IXe siècle, qui est un des rares types bien conservés de l’architecture religieuse carolingienne, le chœur lui-même et son abside construite au XIIe siècle, et enfin la chapelle Notre-Dame occupant le transept sud datant du XVe siècle. L’allée centrale de la nef est délimitée par des piliers du XIIIe siècle, provenant des ruines de la chapelle de la Madeleine du Croulay (ancien couvent des Cordeliers), sur le territoire de Panzoult, à deux pas des grottes de la Sibylle où Rabelais aimait à se retirer pour mieux imaginer Panurge venant y consulter ses légendaires oracles…

Dans la façade sud de cette nef, un porche a été ouvert au Xe ou XIe siècle. Considéré comme l’un des plus anciens de France, son arc en plein cintre orné d’un cordon en torsade est un exemple de pure sobriété.

Au XVe siècle, les fenêtres de cette même façade sud furent murées presque à mi-hauteur afin d’appuyer la charpente d’un porche de la largeur de la chapelle Notre-Dame. À cette époque, les deux piliers mérovingiens mentionnés ci-dessus, qui sont une des principales richesses lapidaires de cet endroit, soutenaient la charpente du porche, face au portail sud. Ces piliers sont désormais disposés à l’entrée du chœur. Dans la nef et le transept se trouvent un ancien baptistère et des sarcophages découverts en Touraine (Assay, Brizay et Braye-sous-Faye). Il convient encore de s’attarder sur le chœur dont la corniche est ornée de sculptures en damier et de curieux modillons. Dans la chapelle Notre-Dame occupant le transept sud, face au petit autel XVIIe bien évidemment consacrée à la Vierge, se trouvent les peintures murales évoquées dans le préambule ci-dessus. Ces fresques représentent la Vierge accueillant quelques fidèles lui rendant allégeance sous un ciel rempli d’étoiles à huit branches. Certains prétendent qu’il s’agirait du portrait des donateurs et que l’on y reconnaîtrait Georges de la Trémoille, ministre de Charles VII, accompagné de madame de la Ruche, son épouse, et de Marie-Georges et Louis, leurs enfants. D’autres y verraient une version apocryphe de l’adoration des Rois Mages…

Enfin, vers la sortie, sur le mur situé à l’ouest qui était comme ceux du nord et du sud en petit appareil (voir le reste du triangle témoin à droite), fut appliquée au XIIe siècle une épaisse maçonnerie qui permit d’ouvrir une grande baie à colonnettes pour éclairer la tribune, et une porte en arc brisé par laquelle on sort directement de l’édifice vers le petit cimetière planté de genévriers.