Parc de la Bédouère

« Bédouère » ou « bédoire » vient de « bibitoria » au sens d’abreuvoir ou « endroit de la rivière où les animaux vont boire ». Michel Marques, conseiller-secrétaire du roi, receveur général de Touraine, dont le frère est abbé de Marmoutier en 1427, est le premier seigneur connu de la Bédouère. Ses descendants en sont toujours propriétaires en 1506.C’est alors une maison fortifiée avec dépendances formant un hexagone irrégulier, complètement entourée de fossés et flanquée de six tours. Deux d’entre elles sont encore visibles aujourd’hui, ainsi que la trace des douves, un petit châtelet d’entrée fortifié et l’arcature plein-cintre du porche donnant sur la cour intérieure.

Du xvie au xviiie siècle, la famille Piballeau et ses descendants

Plus tard, à l’époque des guerres de religion, le huguenot Marin (ou Martin) Piballeau en est le seigneur. On lui doit l’épisode le plus fameux de l’histoire du château. En 1562, avec une troupe de protestants qu’il commande, il descend vers Tours, puis gagne le couvent des Minimes à Plessis-lès-Tours. Il y tue un religieux, en blesse plusieurs, saccage le jardin, le cloître, l’église et donne l’ordre de brûler le corps de saint François de Paule dans « la chambre des hôtes ». Marin Piballeau fut, peu après ces actes criminels, jugé puis condamné par le duc de Montpensier à la potence et à la confiscation de ses biens qui purent être récupérés par sa famille trois ans plus tard. En 1575, sa fille épouse Justinien de Chambergeon. Leur fille Jeanne devient la femme de Claude Cottereau, trésorier de France à Tours, maire de Tours en 1590, à qui elle apporte la Bédouère. En 1638, les seigneurs de la Bédouère gagnent le long procès qui les a opposés à l’abbaye de Saint-Julien de Tours au sujet des droits honorifiques sur l’église de Cerelles dont ils sont les fondateurs. En 1693, Claude Cottereau, chevalier, chanoine prébendé de l’église de Tours, est seigneur de la Bédouère, Cerelles, Saint-Antoine, la Planche et autres lieux. Son neveu, le chevalier Louis le Peultre, seigneur de Puy Larré, hérite de la Bédouère. Le domaine passe ensuite à son fils, Louis le Peultre, marquis de Marigny, également propriétaire du lieu et closerie de la Possonnerie, puis à son petit-fils, troisième Louis le Peultre, comte de Chemillé, dont les biens sont saisis en 1777 par arrêt du Parlement. La Bédouère est vendue.

Époque moderne

Marie de Malon de Bercy, châtelaine de Baudry, l’achète et ses héritiers la gardent jusqu’à la mort de sa dernière héritière directe, Alexandrine de Nicolaï, qui laisse veuf son mari avec quatre enfants, dont trois mineurs, ce qui entraîne la vente de la Bédouère en 1824. Depuis longtemps, la maison de maître n’est plus habitée – ses propriétaires habitant Paris – et tombe en ruines. André Montoux cite l’acte de 1824 qui parle de bâtiments « qui étaient autrefois les remises et écuries du château qui a été démoli ». L’éphémère manufacture d’indienne y avait cependant été établie vers 1764.Gabriel Coudreux, négociant de Tours bientôt associé à Sylvain Bellanger, achète Baudry et la Bédouère avec l’intention de les revendre au détail mais l’association est vite dissoute et les biens, divisés en 18 lots, revendus. Les bâtiments restant : ferme et bâtiments de servitude de l’ancien château démoli, portail d’entrée, cour et , constituant le lot  7, sont vendus le 12 mars 1829 à Louis Bordier, cultivateur, qui les revend le suivant avec bénéfice à François-Martial Couturier, notaire honoraire à Tours.François Couturier est l’époux de Louise Archambault de Beaune, elle-même d’une famille de notaires tourangeaux. Ils achètent également le moulin de Renouard et restaurent les deux bâtiments. Quand ils revendent la Bédouère à Eugène Flandin en 1848, la maison de maître est décrite comme Elle n’est pas au centre de l’enceinte fortifiée comme l’ancien château mais en prolongement de la ferme.

Gabriel Coudreux, négociant de Tours bientôt associé à Sylvain Bellanger, achète Baudry et la Bédouère avec l’intention de les revendre au détail mais l’association est vite dissoute et les biens, divisés en 18 lots, revendus. Les bâtiments restant : ferme et bâtiments de servitude de l’ancien château démoli, portail d’entrée, cour et douves, constituant le lot no 7, sont vendus le 12 mars 1829 à Louis Bordier, cultivateur, qui les revend le 30 mai suivant avec bénéfice à François-Martial Couturier, notaire honoraire à Tours.

François Couturier est l’époux de Louise Archambault de Beaune, elle-même d’une famille de notaires tourangeaux. Ils achètent également le moulin de Renouard et restaurent les deux bâtiments. Quand ils revendent la Bédouère à Eugène Flandin en 1848, la maison de maître est décrite comme « composée d’un bâtiment, d’un rez-de-chaussée avec cinq chambres en mansarde. »Elle n’est pas au centre de l’enceinte fortifiée comme l’ancien château mais en prolongement de la ferme.

Eugène Flandin est un peintre orientaliste renommé, haut fonctionnaire à la préfecture de Tours et maire de Cerelles de 1850 à 1866. On lui attribue l’élévation d’un étage et l’adjonction d’un pavillon à l’aspect de donjon à l’extrémité nord qui font de la maison de maître un château. Ces transformations pourraient avoir été réalisées par Jean-Charles Jacquemin, connu pour les nombreux châteaux qu’il édifie en Indre-et-Loire sous le Second Empire. Eugène Flandin revend le domaine en 1863 à Gabriel de Brunet de Montreuil qui garde la Bédouère cinq ans puis la vend au baron Georges François Marie t’Kint de Roodenbeke, descendant d’une des plus anciennes lignées bruxelloises de « Poorters van Brussel » (Bourgeois de Bruxelles depuis lexie siècle). Avec son épouse, Louise Constance Emmanuelle Irmine de Bissy, il a six enfants dont les trois derniers naissent à Cerelles. En 1875, le sixième, Paul Marie, décède à quatre mois et est enterré au village. La famille revend le château l’année suivante à Ernest Amable Orsel.

Ernest Orsel (1828-1911) (biographie complète en lien externe), commandeur de la Légion d’honneur, a été élève de l’École polytechnique, puis de l’École des Mines de Paris. Ingénieur des Mines dans plusieurs villes de France, il se distingue lors de la guerre de 1870 puis lors des pourparlers avec les Allemands liés au traité de Francfort. Il devient en 1886 directeur du contrôle des chemins de fer de l’État. Son épouse, Louise Eugénie Levêque de Vilmorin (1829-1914), est la fille de Philippe André de Vilmorin et la sœur de Louis de Vilmorin, deux scientifiques renommés. Philippe a repris la graineterie Vilmorin et Andrieux fondée par son père et créé l’arboretum des Barres, dans le Loiret. On doit à Louis, biologiste et chimiste, les bases de la théorie moderne de l’ industrie des semences. Son arrière-petite-fille, Louise de Vilmorin, est une célèbre femme de lettres. Ernest Orsel est maire de Cerelles de 1891 jusqu’à sa mort, en 1911. Il est enterré à Cerelles ainsi que son épouse. Ils ont eu une fille, Gabrielle, et ont élevé deux de leurs neveux à la mort de leur père, Jules Orsel. Gabrielle a épousé le général de division Georges-Victor Dantant et hérité de la Bédouère qu’elle vend en 1919 à Etienne Chauvin, notaire. Louis Dreux lui succède et en exploite le bois, supprimant des essences rares plantées par les Vilmorin.

Les derniers propriétaires sont Claude Escure en 1959, le comte Joseph de Mauléon de Bruyères en 1988, puis son fils, le comte Edmond de Mauléon de Bruyères qui en hérite à la mort de son père en 1991. Tous deux restaurent le château avant qu’Edmond de Mauléon ne fasse de la Bédouère un parc animalier privé et un haut lieu de convivialité.

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