Château de Chambord

Architecture :

Conçu sur le modèle médiéval des châteaux forts avec son enceinte et ses grosses tours d’angle, il est nettement inspiré par le style gothique (ornementation des parties hautes qui s’élancent dans le ciel avec les cheminées et les tourelles d’escalier), mais il possède surtout une silhouette très spécifique qui en fait l’un des chefs-d’œuvre architecturaux de la Renaissance : 156 mètres de façade, 426 pièces, 77 escaliers, 282 cheminées et 800 chapiteaux sculptés.

Si plusieurs architectes ont travaillé à l’édification du château – dont le projet initial fut remanié par l’ajout d’ailes au donjon – il n’existe aucun document d’époque mentionnant le nom de ou des architectes originaux, à l’exception de François Ier qui fut personnellement impliqué dans la conception du bâtiment. Cela étant, il est probable que Chambord soit sorti en partie de l’imagination féconde de Léonard de Vinci, qui travaillait alors comme architecte de la cour de François Ier ; il mourut en effet quelques mois avant le début du chantier en 1519 au Clos Lucé d’Amboise. En effet, parmi les dessins que Vinci laissa, on a retrouvé notamment des escaliers à double-hélice ainsi que des structures en croix grecque – deux éléments caractéristiques du projet initial du château de Chambord. Il est aussi probable que l’assistant de Vinci, Dominique de Cortone, ait collaboré : dès 1517, il manufacture la maquette en bois qui sera retrouvée à Blois par l’architecte de Louis XIV, Félibien.

Le chantier de Chambord fut l’un des plus importants de la Renaissance. Environ 220 000 tonnes de pierres sont nécessaires. À défaut de pouvoir dévier le cours de la Loire, selon le vœu de François Ier, on se résoudra finalement à détourner le Cosson par un canal qui alimente les douves.

La vie au château était rude, d’autant qu’il fut construit sur des marécages. Beaucoup d’ouvriers moururent de la fièvre pendant la construction. Les charpentiers auraient enfoncé des pilots de chêne jusqu’à 12 mètres de profondeur, afin d’établir les fondations du château sur un solide pilotis au-dessus de l’eau. Des fouilles préventives réalisées en février 2007 révélèrent néanmoins que la tour sud-ouest s’appuie sur un enrochement calcaire. Ces fouilles mirent aussi au jour une structure circulaire en moellons, vestiges d’une tour du château médiéval qui s’y élevait avant la construction de l’actuel château.

Des chariots arrivèrent du port de Saint-Dyé pour décharger tous les matériaux et en particulier la pierre de tuffeau utilisée pour la construction; c’est une pierre blanche, tendre et friable. Les tailleurs de pierre, comme les autres ouvriers, n’avaient pas de salaire fixe et étaient payés « à la tâche » : ils étaient des tâcherons. Sur chacune des pierres qu’ils taillaient, ils gravaient leur marque. Cette signature permettait au trésorier d’évaluer leur travail et de les payer ; on la retrouve sur certaines pierres n’ayant pas été graffitées par la suite lors de l’ouverture du château au public.

Le plan centré du château repose sur un corps central parfaitement carré en croix grecque, comme celui de plusieurs églises italiennes de l’époque, dont la nouvelle basilique Saint-Pierre de Rome construite au même moment. Cela dit, ce plan restait jusque là rarement utilisé pour des bâtiments laïques. Ce corps central, conçu initialement comme bâtiment unique du château, sera appelé par la suite le « donjon » car même s’il n’a jamais eu aucune vocation à la défense, François Ier remaniera assez vite le plan du château de Chambord par l’ajout de deux ailes, ainsi que d’une enceinte, se calquant sur le modèle des châteaux forts du Moyen Âge. La particularité est la rigoureuse orientation des diagonales de son donjon suivant les axes nord-sud et est-ouest ; ses tours marquant exactement les quatre points cardinaux. Des recherches archéologiques ont établi que, contrairement au plan actuel, le premier plan du donjon respectait une symétrie centrale novatrice et sans équivalent connu à cette époque. Cette symétrie « giratoire » (disposition en « svastika » dite aussi en « ailes de moulins ») particulière fut par la suite abandonnée dans le cadre de l’ajout des ailes et de l’enceinte.

À l’intérieur du donjon, on trouve cinq niveaux habitables. Il y a quatre appartements carrés et quatre appartements dans les tours rondes par niveau. Entre les appartements, quatre couloirs venant des « quatre parties du monde » (découpées par les deux axes nord-sud et est-ouest) mènent à l’escalier à double révolution au centre. Le roi François Ier, dans un second temps, étend le château d’un quadrilatère et abandonnant le canton [le quart] nord, installe ses appartements (plus vastes) dans l’aile nord. Une chapelle est construite dans l’aile occidentale, dont l’entrée ouvre plein est. Elle fut achevée par Jean le Humble sous le règne de François Ier. Cette position de la chapelle est rare pour l’époque : car si le roi avait voulu se placer en direction de Jérusalem, pour montrer qu’il est le détenteur du pouvoir spirituel dans son royaume, il se serait installé dans la partie est. Or c’est là qu’il logea Charles-Quint en décembre 1539.

Pour les raisons énoncées plus haut, il est probable que l’escalier à double révolution [ou double vis] placé au centre de l’édifice, soit de Léonard de Vinci ou en tout cas inspiré de ses croquis. Comme son nom l’indique, il comporte deux volées d’escaliers suivant un schéma de double hélice, à la manière des deux troncs enlacés qui représentent larbre de vie au Moyen Âge. Il donne accès à la grande terrasse – elle aussi inspirée par Léonard – qui fait le tour du donjon et offre une vue sur les cheminées monumentales. Cet escalier est surmonté d’une tour-lanterne bien reconnaissable de l’extérieur, évoquant le clocher d’une chapelle.

Le deuxième étage est également remarquable par ses voûtes à caissons représentant les symboles royaux (monogramme « F » couronné et salamandre), accompagnés d’une cordelette nouée, emblème de sa mère, Louise de Savoie. Certains monogrammes de l’escalier à hauteur des terrasses sont tracés à l’envers de manière à ce que Dieu du haut du ciel voie la puissance du Roi.

Arrivé sur la terrasse, le visiteur peut remarquer que l’escalier est surmonté d’une tour-lanterne, elle s’élève à 32 mètres et surmonte toutes les cheminées de Chambord. Son sommet est coiffé d’une fleur de lys (symbole de la monarchie française). Les terrasses sont encadrées de tourelles et de lucarnes parées de marqueterie de tuffeau et d’ardoise.

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